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Pour bien orienter les MOOC vers de véritables plateformes d'enseignement .

Dans la continuité de notre rencontre ADELI intitulé « Les MOOC, outil de marketing ou nouvelles plateformes d'enseignement ? », Will Oremus, journaliste à Slate.com, a eu une réflexion intéressante, faisant suite à un propos de Sebastian Thrun, fondateur d’Udacity et spécialiste en intelligence artificielle de l’université de Stanford. Qu'en est il ?

 

Le résultat des MOOC (Massive Open Online Courses) gérées par certaines universités, est assez mitigé. Certains mêmes parlent même de désillusion MOOC. Pour Will cela tient au fait que les organismes ont cherché à remplacer l’enseignement classique par l’enseignement en ligne massif. Et de se poser la question : « n’y aurait il pas un moyen pour que les cours en ligne puissent compléter les enseignements traditionnels au lieu de les remplacer ? »

A titre personnel, cela me parait être du bon sens. Cette intégration Enseignement - Nouvelles technologies peut être améliorée en s’attaquant aux deux bouts de la chandelle ; les outils d’une part et la méthode de l’autre.

Le problème du MOOC, du fait qu’il soit massif n’est peut être pas un outil suffisamment souple en terme d’interactivité. Il est vrai que dans MOOC la lettre C signifie « Course » et non « Collaborative ». Une solution serait peut être celle des SPOC (Small Private Online Classes) dont l’expérience est menée à l’université de Berkeley.

Comme le souligne Will Oremus, les SPOC ont eu pour effet de modifier profondément la méthode en inversant le mode d’enseignement. L’étudiant ou l’élève suit le cours magistral en ligne. Les devoirs sont assurés en classe. Le professeur devient un coach. Salman Kahn de la Khan Academy en promeut le principe. Et d’affirmer, que les premiers résultats de cette méthode dans différentes universités et écoles sont prometteurs. Soit.

Mais permettez moi d’émettre quelques réserves. Non pas que je remette en cause l’efficacité du mode d’enseignement inversé, bien au contraire. Mais ce type de fonctionnement n’est jamais venu d’une réflexion liée de la mouvance MOOC, n’en déplaise à certains.

Ce concept est une « trouvaille » émanant de deux professeurs, Jonathan Bergmann et Aaron Sams (Voir l'article du Journal Le Monde du 13.11.2012). Nous sommes en 2005. Alors qu’ils enseignaient dans un lycée du Colorado, le Woodland Park High School, ils étaient confrontés à un problème majeur celui de l’absentéisme. Pour résoudre ce problème, Aaron Sams eut l’idée d’enregistrer son cours magistral sur une vidéo à partir d’un PowerPoint et de la mettre en ligne sur You Tube, nouvelle plateforme à l’époque. Puis de dire aux élèves : « A présent, vous avez le cours en ligne, demain nous ferons les devoirs ensemble ». Le succès fut au rendez vous. Le taux d’absentéisme baissa drastiquement. Ces deux professeurs avaient su insuffler un nouvel état d’esprit. Comme le souligne Jonathan Bergmann, « Nous sommes devenus les coaches d'une communauté d'étudiants. Nous ne débitons plus notre cours à un bloc d'élèves, mais nous intéressons de près aux besoins individuels de chacun. Cela développe chez les élèves une vraie culture de ce qu'est apprendre. On ne vient plus en cours pour recopier une leçon qu'on peut trouver ailleurs, mais pour progresser dans le maniement d'un savoir nouveau. ».

Depuis, beaucoup de lycées ont suivi l’exemple du Woodland Park High School. Rendons à César ce qui appartient à César.

Cet exemple démontre qu’en aucun cas cette solution organisationnelle n’est venue des acteurs du numérique, mais des gens de métier, en l’occurrence dans le cas présent le corps professoral, cherchant à résoudre un problème qui leur était propre. La communauté digitale fournit bien d’autres réponses tel que le Serious Games ou le Social Learning. La chaîne Arte en a fait un reportage avec une bonne synthèse. Cependant, pour ma part, je ne vois pas l’outil numérique remplacer le professeur au collège ou à l’université. On assiste à une transformation sur sa façon de travailler. Mais il demeure le professionnel de sa matière.

Enfin, un dernier mot concernant la formation professionnelle. Un nouveau dispositif va se mettre en place. Ainsi, le CPF (Compte personnel de formation) va remplacer le DIF (Droit individuel à la formation). Cela apportera-t-il une amélioration ? Espérons le. Il faut dire que le résultat du DIF était plus que modeste. En 2009, seul 6% des salariés l’avaient utilisé (Source CEREQ). Certains, argumenteront qu’un salarié en formation est un salarié non facturé. Soit. Il n’empêche qu’à l’heure actuelle la formation est un préalable indispensable à l’évolution des métiers. Alors pourquoi ne pas alléger la charge en appliquant le principe du mode d’enseignement inversé ? Est il difficile de mettre en place un SPOC, suivi d’une mise en pratique à partir de cas d’études liés au client ? A priori, sous couvert du contexte non.

Un tel dispositif ne pourrait il pas faire levier pour soutenir la formation professionnelle ?

Sans aucun doute, à condition toutefois que cette dernière soit reconnue sur le marché, et que tous les intervenants y adhèrent. Tel est le challenge.


Récapitulatif des liens :

  1. Article de base sur SLATE : http://www.slate.fr/story/78916/mooc-cours-internet-spoc
  2. Explication du SPOC : http://www.educadis.fr/formation-a-distance/news-formation-elearning/apr...
  3. L'expérience lycéenne : http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/11/13/avec-la-classe-a-l-env...
  4. Le reportage d'ARTE sur le MOOC: http://www.futuremag.fr/nouvelle-economie/apprendre-avec-les-moocs
  5. Les nouveaux dispositifs de la formation professionnelle : http://www.cadre-dirigeant-magazine.com/reussir-en-entreprise/formation-...
  6. La Khan Academy : https://www.khanacademy.org/
  7. Le rapport du CEREQ : http://www.cereq.fr/index.php/articles/Focus/Un-droit-a-la-formation-DIF...
  8. Le MOOC francophone : http://mooc-francophone.com/

Laurent HANAUD